Tous ensemble !

Il est frappant de constater le nombre de salariés qui entreprennent un bilan de compétences car ils ressentent un sentiment d’incompétence face au niveau visage que présente leur entreprise, à la suite d’une réorganisation, d’un rachat, d’un changement de direction.

La montée de l’individualisation et de la responsabilisation individuelle (parfois à outrance) au sein des organisations laisse les collaborateurs seuls face à ces changements et les entraîne parfois dans une impasse.

A l’occasion du bilan de compétences se raconte le sentiment de mise en échec qui ne peut être exprimé dans l’entreprise au risque de passer pour de l’inadaptation. Ils ne trouvent plus le collectif de travail qui permet l’échange sur des problématiques de travail communes, la prise de recul et l’élaboration ensemble d’une réponse acceptable par l’entreprise et acceptée par tous. Ils évoquent également un dialogue parfois devenu sourd avec leurs managers.

Ces managers, eux-mêmes bien souvent seuls face à leur propre pression, vivent et participent à ce processus d’isolement et de responsabilisation individuelle. Des délais raccourcis, des moyens revus à la baisse pour des objectifs toujours plus élevés, chacun est porteur d’une équation impossible à résoudre, dont ils seront les seuls responsables si les objectifs ne sont pas atteints.

Le manque de débats, d’échanges et de co-construction renvoie chacun à son incapacité, avec un sentiment d’impuissance. Que reste-t’il ? Le compromis, pour ne pas dire la soumission, avec le risque de ne pouvoir composer sur une longue période ou la rébellion isolée qui passera pour de l’insubordination ?

L’absence de collectif et de communication apparaît comme un manque. Un collectif choisi, pas un groupe d’échanges imposé par la direction, un collectif où chacun peut évoquer sa problématique sans danger de jugement, sans risque de passer pour incompétent ou non-performant. Un collectif qui se rencontre lors de moments et dans des lieux informels, comme un déjeuner hors de l’entreprise, une pause café-cigarettes plus longue que d’habitude, un échange dans un bureau porte fermée…

Ce collectif n’est pas une menace pour le manager, il ne remet pas en cause sa position. Il ouvre la possibilité à des réponses hors management. Il se situe dans ce que l’humain peut apporter de créativité, d’intelligence face à des situations nouvelles. Il est une force d’adaptation dans le concret au plus proche du réel.

Savoir laisser s’exprimer cette intelligence collective c’est accepter que les collaborateurs puissent ressentir différemment la politique de l’entreprise, dans leur singularité et trouver ensemble un modus operandi qui respecte le travail ainsi que les objectifs de l’entreprise.

C’est enfin accepter que des décisions sur le travail échappent au contrôle managérial et qu’une créativité existe dans toutes les strates de l’entreprise, qu’il n’y a ni modèle, ni pensée uniques.